25 avril 2008
Les présupposés et Deuz.
"Après avoir formulé votre question de départ, vous devez développer les présupposés de la question, c'est à dire les certitudes qu'elle contient, articulées entre elles. Elles se forment à partir des principaux concepts de la question de départ. Une question de départ n'est recevable que si tous ses présupposés sont justes."
Ça, plusieurs fois par jour, et ça aussi:
"Diz que deu, diz que dá,
diz que Deus dará,
não vou duvidar, ô nega
E se Deus negar,
eu vou me indignar e chegar,
Deus dará, Deus dará"
C'est tout.
23 avril 2008
Sans-Sens.
Lui, yeux verts timides, il dit ça n'a pas de sens, rien n'a plus de sens. Il continue je suis allé au cinéma, dans des expo d'art contemporain, et rien, je te dis, rien n'avait de sens. Quand j'étais jeune, j'étais tombé sur un film de chais-plus-qui, et ça m'avait marqué, un truc de dingue. Là, ça avait du sens, parce que tu vois, quand trois cent personnes se battaient à Paris pour diffuser les films de Marguerite Duras, y s'passait un truc. Pas comme maintenant.
Bonnie, elle, n'est pas d'accord, je le sais, on en a déjà parlé, elle m'avait dit qu'il se passait des choses, que c'était extraordinaire des trucs comme youtube, par exemple, où t'as des gamins du monde entier qui se mettent en scène avec leur caméra sony pocket, que rien que pour ça, il se passait des choses. Elle cherche à comprendre ce que Lui il raconte, avec ses méthodes habituelles, un peu rentre-dedans, un peu violence-qui-veut-te-mettre-en-face-de-tes-contradictions, et Lui ça le choquait un peu, cette façon de se faire rentrer dedans. Mais c'est parce qu'il l'aime. Bonnie, plein de monde l'aime, c'est presque un phénomène incroyable, ce truc qu'elle a de marquer les gens, de susciter chez eux leur intérêt ou leur amour. Tout le monde l'aime, mais elle, Bonnie, quand elle s'intéresse à quelqu'un, faut la voir rentrer dans le tas, essayer de décortiquer chaque chose comme une mante religieuse (les mantes religieuses ne vivent qu'un été), pendant quelques instant, t'as l'impression d'être des pinces de crabes qu'elle suce lentement en aspirant le plus possible.
Moi non plus je n'étais pas d'accord, mais je les regardais parler. Je les regardais mêler de l'affection à tout ça, se mélanger les pinceaux et se perdre un peu dans le flot de leur pensée. Je le regardais Lui qui déployait des trésors d'imagination pour toujours rebondir. L'humour, cette arme absolue.
Et puis je les trouvais beaux, tous les deux, leurs façons de parler pour s'en sortir en se faisant comprendre, cette façon de se parler de deux manières différentes sans arriver au consensus, mais en transpirant l'affection. Lui, ses yeux timides qui se glissaient sur moi parfois, ce garçon, ses yeux caressent quand ils se glissent sur quelqu'un, c'est incroyable, et son humour à tiroir, ou tu sentais qu'il y avait des tas de choses qui traînaient sous la poussière, un truc à avoir envie d'aller fouiller tout ça. Y a de l'expérience qui pue les bas-fond et la saleté, et des images de Godard et de Duras qui s'embrassent à gorge déployée, des phrases qui se balancent au bout d'une corde et des rêves de princesse et de prince charmant inaccessible. Et elle, Bonnie, elle triturait ses doigts, elle bougeait ses bagues en le regardant avec ses yeux de l'amour, elle s'enfilait un fond de verre de vin blanc dans la gorge en gardant son regard sur lui. Elle essayait de le rejoindre sur son terrain, elle est très intelligente, Bonnie.
22 avril 2008
觀看次數
C'est la guerre. Des bataillons de jeunes envoyés au front se montrent vociférant devant les télévisions internationales pendant que de l'autre côté, les ennemis, pareil, agitent leurs poings serrés face aux caméras du monde entier pour hurler leur rage et leur colère. Chacun agite le petit drapeau monté sur un cure-dent de son petit pays, on se menace du pire: point de salut dans la guerre, survivre ou périr. Le front, ce sont les écrans de Guysen TV et de France24, face à face, qui rapportent à tour de rôle les petites avancées d'un camp ou de l'autre. On affute ses armes, on joue de sa grandeur forcément supérieure d'un camp sur l'autre, alternativement; on met en avant ses petits avantages... C'est une guerre moderne, alors c'est une guerre commerciale, et puis le sang ne coulera pas, remplacé par les dollars. Les uniformes? Des jeans Américains.
C'est pourtant un bien jolie guerre, une guerre idéologique, et puis les vieux, les pépés avec leurs poils qui leur sortent du nez, dans les villages de France assis sur leur minable banc de pierre, devant le monument aux morts de 14/18, faut les entendre dire qu'une guerre par génération, c'est bien. Que des avantages, ça limite la pression démographique en envoyant au casse-pipe la force vive de la nation, tous ces petits puceaux virils. Ça oblige à reconstruire après, hé!hé!, c'est du travail, mon gars, reconstruire un pays! Byebye le chômage, encore plus efficace que les basses manoeuvres traîtresses de Sir Sarkozy qui préfèrent rayer les gens des listings du chômage plutôt que d'inciter à travailler. Faut dire que travailler en France, c'est de moins en moins glamour. Jolie France des 35h, des gens heureux qui ont compris que dans la vie, le travail n'était pas tout.... Balayé d'un revers par un président qui se lève tôt, madame, un président qui touche à peine 200% de plus que ce qui été prévu. Chacun sa croix, t'as qu'à être président de la France, ma belle. Sinon casse-toi, pauvre con! Adieu les terrasses ensoleillées et les allées des villages fleuris (3 étoiles par ci, 4 par là), les plages nudistes de Pornic ou ça nique, et les étangs vaseux qui pue la glande en bande organisée, ne plus avoir le temps de dépenser, c'est sûr que ça donne l'impression de gagner plus! 
Alors la guerre, tu vois, c'est une putain de bonne idée! Sauf que là, c'est petit pas de deux et entrechats de notre président bling bling. La guerre n'aura pas lieu, les Français ont hurlé devant la flamme olympique, les cons. Qu'est-ce que ça vaut les idées des Lumières face à la soif de consommation de milliards de Chinois? Heureusement, SuperSarko va sauver la face à Carrefour. Merci qui?
19 avril 2008
Le bateau ivre.
Ils étaient saoûls, tous ces hommes, cette armée dépareillée de monstres, avec sur le visage cette peau qui a fleuri en d'autres temps, la voix entraînée dans leur ébriété triste, et cette bedaine pour armure contre l'ennemi et les autres, parfois je me demandais si ce n'était pas contre eux-mêmes qu'ils se protégeaient. Ils avançaient goguenards dans les couloirs sombres, en frôlant les murs, le regard perçant qui essaie de distinguer les traits de l'autre, comme s'ils cherchaient quelqu'un en particulier. mais qui cherchaient-ils? Dans les backroom, avec Etienne, on se retenait de pouffer, faut dire qu'on venait de gonfler une dizaine de capotes en ballons et qu'on les avait accroché partout pour faire "birthday party". Il fallait bien ça, pour s'amuser dans cette cave envahi par les rats aveugles qui tripotaient à tout venant, comme poussés par la faim ou l'ennui. Oui, l'ennui. L'ennui et une espèce de défaite avouée avant le combat. Tu parles d'une arme, ces bites molles qu'ils voulaient tendre lamentablement pour transpercer à tout vent sans faire plus de mal qu'une palle molle de moulin Don Quichotesque qui s'abandonne. Et ça tourne, ça tourne au vent, ça tourne au vent et ça pue la vieillesse triste. Fallait les voir s'échanger les bites en espérant rencontrer plus de succès, parce que c'était eux, parce que c'était pas moi, fallait les voir aller de l'un à l'autre comme des putes ivres sur un port remplie de marins eunuques.
18 avril 2008
Le come back et le go-bye.
C'est forcément régressif, les Beatles, mais parfois j'ai besoin de ça aussi. Pas forcément des trucs que je connaissais déjà, de nouveaux trucs. C'est comme la vie, les gens s'éloignent, et puis reviennent, un peu changé, un peu différent, ils reviennent avec ces trucs que l'on reconnaît chez eux, et puis ce petit truc un peu différent, ce temps qu'ils ont passés loin qui vous revient en pleine gueule. J'ai échangé quelques mots avec Tom sur facebook, et puis mon numéro de téléphone, et puis il a appelé, et puis c'est décidé, demain je le reverrai. C'est comme Etienne, pareil. Quelques mots sur MSN, mais lui, c'est pire, il se souvient. De tout, il m'a récité des moments qu'on avait passé ensemble, un truc hyper-réaliste, hyper-effrayant aussi. Un truc à vous couper toute envie de le revoir. Ça oblige à se repositionner par rapport au passé, ces fantômes qui reviennent, qu'on aimera peut-être plus. Ouioui, j'ai un peu changé, toi aussi. Dans le bus, en rentrant du 9è, je l'ai vu, il était grand et fin, et sa peau était toujours aussi blanche. Une peau presque translucide. Il portait des lunettes aviateurs, et une barbe, ce que je lui avais jamais vu. Il ne m'a pas vu, dans le bus, je me suis demandé si j'allais sortir du bus et l'appeler. Mais je ne l'ai pas fait, je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que parfois il vaut mieux laisser les gens dans le souvenir qu'ils ont gardé de vous. Il buvait du coca du matin au soir, c'était incroyable. Encore un fantôme, mais cette fois, non, je n'irai pas remuer la bouse fumeuse qui recouvre tout ça. Avec Tom c'est déjà bien assez. C'est la journée des fantômes en série, la journée du come-back, au moment où moi j'ai le plus envie de fuir. Théo, lui, il a l'air réticent, mais moi ça me brûle de ne pas y être déjà. On en parle un peu, il dit juillet 2009, moi je me dis le plus tôt sera le mieux. Paris c'est bon, j'ai fais mon temps, il est l'heure d'aller s'essayer ailleurs, sous d'autres climats, avec d'autres gens, une autre langue, des autres habitudes.
11 avril 2008
intérieur, nuit.
Yael Naim un peu fort dans le salon, les deux lumières d'ambiance allumées, un peu de désordre sur le canapé, une paire de baskets sur le tapis, une bouteille d'eau à moitié-vide. Relu par hasard l'article dont Victor était le plus fier, il m'avait demandé un jour l'article dont j'étais le plus fier, il le connaissait, moi aussi je connaissais celui dont il était le plus fier. Aujourd'hui si je le revoyais, ça n'aurait plus du tout le même sens, c'est donc bien que quelque chose s'est passé. Steve m'a invité à passer quelques jours après mes partiels chez lui en Israël et cette nouvelle m'a complètement remplie de bonheur. Bonnie est passée et a prit toutes mes cassettes DV dans un sac en carton Topman blanc, et j'étais partagé entre l'angoisse de la voir me voler plusieurs années de ma vie en image comme ça, et un soulagement extrême. Je me suis énervé contre Théo, aussi, parce que je l'aidais à installer un truc, et quand il est parti, un type est venu me dire que le travail de Théo était extraordinaire, et immédiatement, j'étais très fier, et j'ai regretté d'oublier parfois combien moi aussi je le trouvais talentueux et extraordinaire comme garçon.
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