11 janvier 2008
Mes noires nuits blanches.
Je ne sais pas pourquoi on appelle les nuits sans sommeil des nuits blanches, il faudrait ne pas les avoir vécu, toutes ces heures lâches pour dire qu'elles sont blanches. Elles sont noires, noire comme la nuit sans étoile de Paris, noir comme un trou, noir comme le café. Il y a longtemps que j'ai arrêté de m'en inquiéter de ces nuits sans fin, de ces nuits de silence et de calme, quand dans la rue il n'y a plus de voitures, dans l'immeuble plus aucun bruit... Moi j'appele l'autre côté de l'Atlantique, ils sont en retard horaire, et je n'ai jamais l'occasion d'appeler à cause du décalage horaire, moi je bois du café et je regarde des vidéos de ceux qui n'ont fait que passer, qui m'ont laissé quelques traces, quelques griffures sur le coeur, je regarde la bite de H. et mes pieds qui se contractent au moment où il me pénêtre, je regarde ce mouvement lent de bascule de son bassin qui s'enfonce entre mes cuisses ouvertes en me disant que j'avais oublié combien il était doux dans ces moments-là, j'écoute mes cris, mes râles, mes mots vulgaires, je regarde le sourire et les belles promesses de Patricio, sa démarche heureuse d'enfant pauvre qui veut être aimé, d'enfant capricieux qui ne peut avoir que celui-là, de caprice, l'amour, parce que l'amour c'est pour tout le monde. Je regarde Marco, notre engueulade, j'avais posé la caméra sur une étagère et j'avais envie de le frapper, je regarde mes poings se serrer de rage, mon visage devenir rouge et mes yeux s'injecter de sang. Et lui il hurlait, il disait tu me fais chier, vous me faîtes tous chier, les PD, tous des dépendants affectifs, tous des tapettes en manque de tout, de bites, d'amour, de foutre, de merde, oui, c'est de la merde que vous méritez. Après je me suis dit que je devrais faire un montage de toutes ces images, en préservant les visages, un montage ultra-rapide, fugace...
Je traîne dans la chambre 1408 d'un Intercontinental de pays pauvre avec mes vidéos, je remonte ce que j'ai déjà monté, sans me souvenir, en réinventant un peu le passé. C'est à cela que sert mes images, mes vidéos, mes nuits blanches, mes cafés et mes cigarettes....
L'origine de la guerre.
Le film a été selectionné. T. a dit ouahou, c'est bien, ils n'ont en selectionné qu'un sur cinq, le tien est dans le lot. Moi j'ai dit même si il est sélectionné je ne gagnerai rien. C'est ma deuxième participation à ce festival, et je n'avais rien gagné, et j'ai dit c'est trop PD, ce que j'ai fais. Tout ce que je fais de toutes façons est toujours trop PD, il faudrait que je pense un jour à l'écrire sur ma peau: je suis PD, je ne ferai jamais rien de mieux que des trucs PD.
J'ai envie de filmer des gens qui baisent, pas comme dans les porno, avec des bites et des chattes, et du foutre et des seins, mais juste avec de la tendresse, et peut-être même un couple qui n'y arrive pas. C'est ça que je veux filmer, c'est la tendresse, parce que c'est la chose qui vient dans ces moments-là, quand on ne peut plus.
M. m'a envoyé un message pour me dire que le film l'avait touché. J'avais envie de lui dire que ça me touchait, mais c'était idiot de répondre à quelqu'un qui vous écrit que vous la touchez que ça vous touche qu'elle le dise. Alors j'ai répondu autre chose, un truc du genre merci beaucoup ça me fait plaisir. Ça me faisait vraiment plaisir.
C'est incroyable le nombre de vidéos qui existent qui mettent en image des chansons.
C. m'a envoyé un message pour me dire après ce soir, je ne crois plus en l'amitié. J'ai répondu on en reparlera idiotasse, je t'aime. J'ai pensé les filles sont des garçons sans bite mais avec des hormones un peu dérangés, tout de même. Parfois, je crois que j'aime mieux avoir une bite.
Je sais que c'est un peu facile de dire ça parfois. J'imagine même que ça choquera des féministes ayatollahs. Orlan a appelé ce tableau "L'origine de la guerre", et c'est T. qui m'en a parlé ce soir. Elle est moche cette bite, quand même.
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