31 décembre 2007
Doliprane 500mg, Dom Perignon et dépression.
J'ai pris deux doliprane effervescents dans un verre, j'ai trouvé ça déguelasse, surtout le dépôt au fond, mais après je me suis dit que ça irait mieux. C'était comme d'arriver dans un endroit où on se sent un peu mal à l'aise et qu'on finit cul sec une coupe de champagne attrapée au vol en se disant voilà, maintenant ça ira mieux. Finalement c'est ça que j'aurais dû faire, ouvrir une bouteille de champagne et boire au goulot. Je me serais bien vu finir agenouillé contre le mur du fond de la chambre en larmes avec la bouteille vide qui roule toute seule. Je suis pas Beigbedder, je vais pas raconter n'importe quoi sur d'improbables soirées dans des endroits improbables avec des starlettes improbables à qui je ferai lécher mes pieds après les avoir baigné dans la cuvette des chiottes remplie de Dom Perignon 95. J'ai dit à P. je suis déprimé, et il a dit ouioui, moi aussi, je devrais faire de la lumino-thérapie. Alors j'ai dit, non, je suis pas déprimé, je suis en dépression. Et il n'a plus rien dit. Il a changé de sujet, il est passé à quelque chose de plus joyeux. C., lui il croit que c'est l'esprit qui dirige le corps. Il le croit aussi fermement que les psy que pourtant il abbhore. Je les crois volontiers, C. et les psy, parfois quand même je me dis que l'esprit ne peut pas tout. Mais dans ce cas précis, ouioui, bien sûr, je peux m'en sortir.
Avec mes doliprane, j'ai pris un peu d'espoir. Avec la nouvelle année, j'ai aussi beaucoup d'espoir de reprendre le taureau par les cornes, c'est ce qu'on dit dans ces cas-là, prendre le taureau par les cornes. Je vais le prendre, et même je vais m'y accrocher, je vais enserrer son museau avec mes jambes et serrant très fort, et on courrera comme ça, le taureau en aveugle et moi accroché à lui. On pourra bien s'enfoncer dans un mur, je m'en fiche, j'aurais le long des cuisses l'odeur âcre de ses poils, cette odeur poisseuse de sang chaud qui dégoulinait le long des trottoirs d'Arles quand après le combat, on le pendait par les pattes de derrière, et d'un coup sec on lui ouvrait le cou.
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