15 novembre 2007
C'est pas grave.
C'est bizarre tous ces moments que l'on
vit, qu'on croit qu'on oubliera jamais, mais qu'on finit fatalement par
oublier. C'est presque chaque minute que je voudrais garder en mémoire,
parfois, ou le contraire. Le paradoxe c'est de croire se souvenir de
tout, et ne pas se souvenir de ce que l'on a oublié. C'est presque un
combat précoce contre Alzheimer, ces souvenirs, ces sensations, ces
images qui s'effilochent.
On était nerveux, on s'engueulait
facilement, pour un oui ou un non le ton montait d'un cran, c'était une
escalade, et pourtant je me souviens de ce voyage là-bas comme quelque
chose d'agréable, de magique pour le soleil de l'été indien (ouioui,
moi aussi j'ai déjà entendu Joe Dassin), pour les choses qu'on
découvrait où la nuit qu'on a passé dehors sur la 8è avenue, avec des
cafés chauds dans de grands gobelets que l'on ne buvait même pas en
entier, on avait la gerbe à la fin.
Dans les tests de QI un moment
il faut remplir les cases vides: l'intelligence c'est de savoir que
l'on __________ . On a le choix:
1. sait tout
2. sait rien
3. s'en fout
C'est à peu près ça les choix, mais pas exactement, enfin je ne me rappelle plus. Mais c'est pas grave.
Ce matin: tu écris encore dans ton blog?
Moi: Ouais, mais je suis pas très sérieux, je fais pas trop d'effort.
C'est pas grave.
14 novembre 2007
HIV+
Il a dit j'ai rencontré ce mec, et ce
mec, tu sais, il m'a parlé de toi. Il a dit je connais Mike, il habite
en bas de la rue du Café Du Clair de Lune, en bas de chez moi, et Mike,
il écrit des articles et il fait des films. Je souris, et il dit tu
sais bien, il a le Sida. Ah, lui? Alors si c'est celui qui a le Sida,
c'est sûr, je sais de qui tu parles... Il a le Sida, c'est comme ça que
l'on reconnaît les gens, maintenant, toi tu l'as, toi tu l'as pas. On
va même faire des trombinoscopes avec les têtes de tous nos amants,
depuis le début, des flèches pour les relier entre nous (et avec
nous-même), et marqué dessus HIV- et HIV+13.06.2007, HIV+12.11.2007,
etc. Il y aura des flèches rouges, pour dire qui a contaminé qui, des
flèches oranges pour dire "safe sex", et des flèches vertes entre les
HIV-. Et ce sera marrant, on verra bien l'hécatombe, on verra bien
cette "génération capote", "génération sida", "génération plastique",
"génération X", appellez-là comme vous voulez, on verra bien cette
génération-là d'enfants-bulles qui a toujours entendu, lu, vu marqué
partout "le sida tue" avoir fait n'importe quoi des recommandations des
autres, de ceux qui ont vraiment vécu la guerre sournoise du Sida,
celle durant laquelle les amis, les copains, les amants tombaient pour
la cause, par dizaine, par semaine. Pas une semaine sans une rumeur,
pas une semaine sans s'inquiéter de ne pas avoir de nouvelles des
autres, pas une semaine sans une cérémonie d'enterrement, ouioui, on
appelle ça une cérémonie, mais y a pas de cotillons et de musiques
techno pour danser et bouger ses fesses.
13 novembre 2007
Le matin.
Il me semble que les bruits sont feutrés, que les
voitures et les motos roulent plus lentement, que dans la rue il n'y a pas d'éclats de voix, que les passants hatent le pas, il me semble que le matin tout est plus doux, plus lâche aussi. Et puis la grêve aussi annonce une journée calme, chez soi, dans le cocooning Ikéa (förbarmande Ikéa), et puis dans le lit T. est allongé, le corps chaud et mou...
Moi j'aime bien l'idée que la France soit bloquée par une minorité, j'aime bien que les cheminots arrachent leurs avantages à un gouvernement libéral, j'aime bien que la côte
de Sarkozy commence enfin à baisser (ben oui, bande de cons, comment avez-vous pu croire que votre pouvoir d'achat allait augmenter grâce à lui, que le chômage était en train de baisser, que vous gagnerez plus en travaillant plus, que vos banlieues seront plus sécurisées....). Qui en France va enfin dire aux cheminots que sans être des leurs, on soutient leur grêve. Qui va leur dire que même si leur travail n'est plus si pénible que ça, il n'empêche qu'ils le font pour ça, pour les avantages. ON EST TOUS PAREILS. On choisit tous les boulots que l'on fait pour les avantages qu'ils nous procurent, qui ose croire que eux accepteront de les sacrifier?
Le jour se lève lentement, sur la pointe des pieds, le ciel vire au bleu, au gris, les voitures accélèrent, T. bouge dans le lit, je l'entends, l'eau de la douche coule chez la voisine, la chasse d'eau à l'étage supérieure est tirée, ma cigarette fume, mon café fume, la radio parle plus fort, avec plus d'énergie. Le jour se lève, c'est le matin.
02 novembre 2007
continu, continuel, incessant, perpétuel, persistant, soutenu, suivi
Au bout d'un moment, c'est la colère qui me pousse à écrire, pas ici, pas ça, d'autres trucs, secrets encore, en devenir, brouillons et écris avec rage, avec dans les oreilles de la musique pleine de rage qui hurle, et aussi l'ennui, ça aussi, ça me fait écrire. L'ennui que les autres m'inspirent, parfois même ça pourrait me faire avoir des cauchemars. Je le jure. Ici, non, je sais plus, avant c'était le désespoir, maintenant je ne sais pas, c'est comme me maintenir en vie, malgré tout, c'est comme avoir un endroit où ça va, où je n'ai pas de pression, pas d'obligation, juste du plaisir. Juste le flot ininterrompu qui s'échappe. Cette salope de prof de Lettres qui m'avait mis un 18/20 à une nouvelle parce que j'avais écris "ininterrompu", qu'elle n'avait pas trouvé ça élegant, non mais je n'étais pas à H4, pourtant, j'étais en province, dans une ville avec un passé plein de poussière et un avenir étrangement inexistant. C'était juste cette tâche rouge au milieu de la copie pour dire ouais, pas mal, mais ce mot, vraiment, "ininterrompu", qu'est-ce qu'il a été mal choisi. Toute la copie se résumait à ça, une faute de goût, de choix, une faute de choix, oui.
ininterrompu, adjectif
Féminin ue.
Sens Qui n'est pas interrompu
Anglais continuous
ininterrompu : 7 synonymes.
Synonymes continu, continuel, incessant, perpétuel, persistant, soutenu, suivi.
Voilà, c'est ça le mot élegant: continuel, incessant, perpétuel, persistant, soutenu, suivi.
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